Nos partenaires parlent d’ALIMA!
Cette semaine ALIMA vous propose une discussion avec le Professeur Didier Bompangue de la Faculté de Médecine de l’Université de Kinshasa, collaborateur d’ALIMA dans la lutte contre le choléra*. Suite à l’épidémie en Haïti, apparue en octobre 2010, ALIMA a fait appel à l’expertise de spécialistes congolais afin de lutter efficacement contre la maladie. Il nous parlera du cadre de cette collaboration, de nos projets et de ses envies pour l’aide humanitaire, en Haïti et ailleurs.
Pour télécharger l’interview : interview Didier Bompangue
ALIMA : En Haïti, le choléra s’est propagé rapidement, faisant de nombreuses victimes. Pouvez-vous revenir sur le début de votre collaboration avec ALIMA et le contexte dans lequel vous avais dû intervenir?
Didier Bombangue : Avec ALIMA, tout commence fin novembre lorsque je reçois un appel de Thierry (Thierry Allafort Duverger) pour savoir si je serais intéressé de rejoindre ALIMA en Haïti. C’est ainsi que le 27 décembre 2010, soit plus de deux mois après le début de cette grande épidémie, je me suis retrouvé à Pétion-Ville.
Notre intervention s’est déroulée dans un contexte d’extrême urgence où il fallait continuellement courir derrière une situation qui semblait immaîtrisable. Il y avait une pléiade d’experts venu de plusieurs organisations internationales, mais très peu avaient de réelles compétences sur la question.
Notre collaboration a été relativement aisée à partir du moment où deux principes importants me rapprochaient déjà avec ALIMA, à savoir le travail en partenariat et l’acceptation des approches innovantes dans la gestion des problèmes de santé publique. C’est dans ce cadre que trois experts Congolais de la lutte contre le choléra se sont déjà rendus en Haïti.
A : Quelles ont été les stratégies mises en place afin de lutter efficacement contre l’épidémie ?
DB : En Haïti, lorsque nous sommes arrivés à la demande d’ALIMA en décembre 2010, puis en Avril 2011, notre approche du problème était la même que celle que j’avais mise en place en RDC dans le passé, à savoir, rechercher les zones sanctuaires en période d’accalmie, en déterminer les caractéristiques, identifier les causes de cette persistance et proposer une stratégie de réponse ciblée.
L’autre stratégie consiste dans la poursuite des confirmations biologiques des cas suspects de choléra. En effet, le risque accru de confusion sur la base de la clinique entre les diarrhées dues au choléra et celles dues aux autres germes sont telle que nous voulons nous assurer que les cas résiduels sont toujours du choléra.
Tout ce travail se fait en plus bien entendu du maintien d’une exigence de qualité dans la prise en charge des malades dans les Centres de Traitement du Choléra et les Unité de Traitement du Choléra.
Tout ceci, n’est possible que parce que nous l’avions déjà expérimenté en RDC. L’apport des experts venus de la RDC avec qui nous travaillons depuis des années dans le cadre du plan d’élimination du choléra en RDC a été très déterminante pour aider à la mise en place rapide de ces nouvelles approches sur le terrain.
A : Alima met actuellement en place un projet d’identification et d’élimination des foyers endémiques en Haïti. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet SIRCHOL ?
DB : Le but du projet SIRCHOL**, c’est justement d’étendre à l’échelle d’Haïti, le travail nous avons déjà fait à Petion-Ville et à Kenscoff.
Ce projet s’appuie donc sur un renforcement de la surveillance allant au-delà de la surveillance classique qui se réduit à la surveillance des cas et décès de choléra.
A : En ce qui concerne le partenariat entre Alima et l’Université de Kinshasa, comment envisagez-vous son évolution, ses perspectives ?
DB : L’évolution de notre collaboration, je l’envisage par son renforcement et sa structuration. Je pense évidemment à notre projet SIRCHOL en Haïti, mais également à la mise en place de projets similaires en RDC et ailleurs. Si nous arrivons à démontrer la pertinence de notre approche en Haïti, auprès des bailleurs et de la communauté internationale, nous pourrons former un groupe compétent en matière de santé publique et ainsi intervenir à une plus grande échelle.
Notre collaboration, je l’envisage même au-delà du choléra. Il faut aussi se pencher sur les problèmes de santé publique que connaissent un grand nombre de pays du sud, comme la rougeole, la méningite et la tuberculose.
A : Alima est très soucieuse d’élaborer des projets en partenariats avec la société civile, les acteurs de l’aide, aussi bien internationaux que locaux. Construire ensemble garanti la pertinence des programmes mais surtout participe à développer des acteurs opérationnels sur place. Quel est votre avis sur cette notion de partenariat et en quoi vous retrouvez vous dans ces valeurs ?
DB : La notion de partenariat s’impose comme une évidence. L’échec des programmes de lutte contre les maladies reste attribué selon moi à un manque d’approche globale, comme je le disais précédemment. Si on veut adopter cette approche, alors ça veut dire travailler avec les autres, les autres disciplines, les autres secteurs, les autres acteurs. Pour cela la mise en place de partenariats est fondamentale.
Il existe un proverbe que j’aime beaucoup, et qui résume parfaitement le concept : « tout ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi ». Nous, les humanitaires, ne somme que de passage, d’où l’importance de travailler avec les acteurs locaux à la mise en place des projets.
*Le Professeur Didier Bompangue a travaillé depuis 1999 sur la problématique du choléra, notamment avec les ONG internationales telles qu’EPICENTRE, MSF France, MSF Belgique… Fort de son expérience de plusieurs années de terrain, il préconise aujourd’hui de d’améliorer les interventions dans les zones de persistance du choléra afin d’envisager un meilleur contrôle des épidémies et plus tard une élimination de la maladie.
**Le projet SIRCHOL, Surveillance – Investigation – Riposte – Choléra consiste à identifier les zones résiduelles, c’est-à-dire les zones ou persiste le choléra (surtout en période d’accalmie épidémique), de comprendre les raisons de cette persistance et proposer des solutions à celles-ci afin de prévenir la recrudescence de nouvelles flambées épidémiques.

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